Lettre n°107 - Mercredi 16 septembre

Cher lecteur, chère lectrice,

Je suis heureux de te retrouver pour une nouvelle édition de ma newsletter.

Cette semaine, on parle de diversification, la vraie : quelle part d'actions, d'obligations, d'or dans ton portefeuille, et surtout pourquoi.

Youssef Harrabi, le fondateur de MasterBourse, décortique le portefeuille « All-Weather » de Ray Dalio, celui qui n'a perdu que 12 % en 2008 quand le S&P 500 chutait de 50%. Puis il le confronte aux autres recettes célèbres (60/40, 90/10 de Buffett, Permanent Portfolio) pour arriver à la vraie question : pourquoi aucune d'elles n'est faite pour toi.

Ensuite, ma nouvelle vidéo sur le déficit des retraites, la plus importante que j'ai faite à ce jour. Une fois les comptes consolidés, on se rend compte que le chiffre passe de 5 à 87 milliards et je t'explique d'où vient cet écart.

Puis la minute éducative de Valentin Aufrand sur les deux chiffres de l'emploi américain que tout le monde regarde, le NFP et le taux de chômage, et pourquoi un chômage qui baisse n'est pas toujours une bonne nouvelle.

Pour finir, l'habituel point de marché.

Si vous visitez la Réunion 🇷🇪

Ne passez pas à côté du magnifique cirque de Salazie.

Les grandes lignes (14 min de lecture)

☂️ De l'or à la tech : la stratégie de diversification qui défie les normes.

🎬 Retraites françaises : le déficit que personne ne voit.

🌎 La minute éducative : NFP et taux de chômage.

📺 Le point de marché en vidéo.

☂️ De l'or à la tech : la stratégie de diversification qui défie les normes
Un article rédigé par Youssef Harrabi (MasterBourse)

Depuis plusieurs semaines, les marchés avancent sur une ligne de crête. La remontée des taux longs, la flambée du pétrole et les nouvelles offensives commerciales de Washington alimentent la volatilité. S'y ajoute le doute sur le financement de l'intelligence artificielle : entre gagnants et perdants, le marché y voit flou et ne sait plus qui croire.

Mais au-delà du bruit de marché, une question essentielle se pose : comment structurer un portefeuille capable de résister aux chocs économiques sans sacrifier la performance ?

C'est exactement la problématique qu'a voulu résoudre Ray Dalio, fondateur du hedge fund Bridgewater, en développant son portefeuille All Weather. Conçu pour performer dans tous les environnements économiques, ce portefeuille repose sur une allocation d'actifs qui équilibre rendement et protection contre les crises.

Dans cette newsletter, nous allons décortiquer cette approche, comprendre pourquoi elle reste une référence en matière de diversification, puis voir ce qu'il faut en retenir, et ce qu'elle ne peut pas faire pour vous.

1. Ray Dalio et la recherche d'un portefeuille universel

Ray Dalio est l'un des investisseurs les plus influents au monde, avec une fortune estimée à 15 milliards de dollars. En 1975, il fonde Bridgewater Associates, qui deviendra le plus grand hedge fund de la planète avec plus de 125 milliards de dollars d'actifs sous gestion.

Parmi ses contributions majeures, l'une se distingue particulièrement : la conception d'un portefeuille capable de traverser les crises sans compromettre la performance.

Son All Weather Portfolio (portefeuille « tout temps ») repose sur un principe fondamental :

💡 Quel que soit l'environnement économique, il existe toujours une classe d'actifs qui prospère.

Dalio a identifié quatre grands cycles économiques basés sur deux facteurs clés : la croissance et l'inflation.

  • Croissance forte → favorable aux actions

  • Récession → favorable aux obligations

  • Inflation élevée → favorable aux matières premières et à l'or

  • Déflation → favorable aux obligations longues

Les actifs qui se comportent le mieux dans chaque environnement économique (source : MasterBourse)

L'objectif du portefeuille All Weather est d'équilibrer intelligemment ces actifs afin de générer des rendements réguliers tout en limitant les pertes lors des crises.

2. La composition du All Weather Portfolio

Le portefeuille repose sur une allocation équilibrée entre plusieurs classes d'actifs, chacune ayant un rôle spécifique en fonction des cycles économiques.

La répartition recommandée par Ray Dalio :

  • 40 % obligations à long terme → de la stabilité en période de ralentissement ou de déflation.

  • 30 % actions → captent la croissance économique en période d'expansion.

  • 15 % obligations à moyen terme → renforcent la sécurité en période de volatilité.

  • 7,5 % matières premières → protègent contre l'inflation et les cycles de hausse des prix.

  • 7,5 % or → sert de refuge en période d'incertitude monétaire et d'inflation.

💡 L'importance du rééquilibrage

L'efficacité de cette allocation repose sur un rééquilibrage régulier. Une réallocation une fois par an suffit généralement à maintenir un bon équilibre sans tomber dans un excès d'activité. L'objectif n'est pas d'ajuster les poids à 1 % près, mais de conserver une structure cohérente, en tenant compte des frais de transaction et des éventuelles implications fiscales.

3. Pourquoi cette approche fonctionne ?

Parce que la diversification efficace permet de réduire le risque sans sacrifier le rendement.

Depuis 1995, la performance moyenne de cette allocation avoisine 7,6 % par an.

Certes, sur les phases haussières des actions, ce portefeuille sous-performe naturellement un portefeuille 100 % actions. Mais en échange, il affiche une volatilité bien plus faible et offre une meilleure résistance aux crises majeures.

💡 En 2008, en pleine crise des subprimes, le S&P 500 a chuté de 50 %… Le All Weather Portfolio n'a perdu que 12 %.

All Weather (bleu) contre S&P 500 (vert) depuis 2007 (source : portfoliovisualizer)

L'intérêt de ce portefeuille, comme son nom l'indique, n'est pas de délivrer la plus forte performance dans l'absolu, mais de générer un rendement supérieur à l'inflation tout en limitant les fluctuations brutales.

4. Le « Saint Graal de l'investissement » selon Ray Dalio

Dalio insiste sur un principe fondamental : ce n'est pas un seul investissement parfait qui protège un portefeuille, mais l'association intelligente de plusieurs classes d'actifs non corrélées.

1) La diversification est la clé

Chercher « l'investissement parfait » est une illusion. La clé réside dans la combinaison d'actifs qui réagissent différemment aux cycles économiques.

2) Des actifs non corrélés pour réduire le risque

  • Avec 5 à 15 investissements peu ou non corrélés, vous réduisez drastiquement la volatilité sans réduire vos rendements.

  • Une action et une obligation d'État réagissent différemment aux cycles : lorsqu'une action chute en récession, l'obligation peut monter et limiter les pertes globales.

3) L'effet multiplicateur de la diversification

  • Si vos investissements sont corrélés à 60 % (souvent le cas pour des actions d'un même secteur), ajouter plus d'actions ne réduit pas beaucoup le risque.

  • En revanche, si vous ajoutez des actifs non corrélés (corrélation proche de 0 %), vous diminuez considérablement votre exposition aux chocs de marché.

Le « Saint Graal » de Ray Dalio (source : Principles, Ray Dalio)

💡 Concrètement : avec 5 investissements non corrélés, le risque baisse d'environ 50 % ; avec 15, d'environ 80 %, tout en conservant des rendements similaires. Autrement dit, pour chaque unité de risque prise, vous maximisez le rendement potentiel de votre portefeuille.

5. Le All Weather n'est pas le seul… et c'est là que ça se complique

Si l'on s'arrêtait là, la conclusion serait simple : il suffirait de copier Dalio. Le problème, c'est que le All Weather n'est qu'une recette parmi d'autres, et que chaque grand nom de la gestion a la sienne.

Trois classiques

  • Le 60/40 : 60 % d'actions pour le rendement, 40 % d'obligations pour amortir les chocs. C'est le portefeuille historique des institutionnels et souvent le point de départ des discussions d'allocation.

  • Le 90/10 de Warren Buffett : 90 % dans un simple fonds indiciel actions, 10 % en obligations courtes. C'est la consigne qu'il a laissée par écrit pour la gestion de son propre héritage. Le pari est clair : sur le très long terme, le temps efface la volatilité.

  • Le Three-Fund : dans l'esprit de John Bogle, fondateur de Vanguard : trois briques seulement (actions américaines, actions internationales, obligations). Une diversification mondiale avec le strict minimum de lignes et des frais au plancher.

Trois « tout-terrain »

  • Le Permanent Portfolio d'Harry Browne : quatre quarts égaux : actions, obligations longues, or, liquidités. Une brique pour chaque météo économique. On ne cherche pas à prédire l'avenir, on cherche à être protégé dans toutes les situations.

  • Le Golden Butterfly : une variante du précédent, en cinq blocs de 20 %, avec une louche de petites capitalisations pour dynamiser l'ensemble. Même esprit tout-terrain, moteur un peu plus nerveux.

  • Le All Weather de Ray Dalio : on vient de le voir ensemble. Il y a beaucoup d'obligations, des actions, une pincée d'or et de matières premières. Il a la particularité d'équilibrer le risque, pas le capital.

6. Alors, lequel choisir ?

C'est la question que se posent la plupart des investisseurs et c'est la source de pas mal de frustrations. Voici trois constats pour y voir clair.

  • Ils sont tous différents. Chaque gérant, chaque école a une allocation qui lui est propre. Aucune ne ressemble à la précédente.

  • Aucun n'est parfait. Il n'existe pas de règle universelle, pas de portefeuille idéal valable pour tout le monde. Ce sont des portefeuilles généraux et figés, pensés pour personne en particulier. Et vous n'êtes pas « tout le monde ».

  • Ils ont un seul point commun. Tous diversifient sur plusieurs classes d'actifs, si possible décorrélées. Même les plus simples, à deux ou trois lignes, ne mettent jamais tous les œufs dans le même panier. Ça, c'est le vrai enseignement à garder.

💡 Autrement dit : le All Weather, le 60/40 ou le 90/10 sont d'excellents repères de culture, pas des modèles à copier tels quels.

Le vrai problème : une allocation unique pour tout

Il y a une limite plus profonde. Chacun de ces portefeuilles propose une allocation unique, la même pour tout le monde. Or nous n'avons pas deux situations identiques : ni le même patrimoine, ni les mêmes revenus, ni les mêmes projets, ni la même capacité à voir son capital baisser de 30 % sans rien changer.

Copier le portefeuille d'un grand nom, aussi respectable soit-il, revient donc à appliquer une réponse générale à une situation particulière. Il y a de fortes chances qu'elle ne colle pas à la vôtre.

On cherche alors des règles qui s'adaptent à chaque situation

C'est exactement ce que font les trois méthodes les plus répandues.

  • L'âge. La règle la plus connue : 110 moins votre âge donne votre part d'actifs risqués (100 si vous êtes prudent, 120 si vous acceptez davantage de risque). À 45 ans, cela donne 65 %. Sa limite : pourquoi deux investisseurs du même âge devraient-ils détenir exactement la même répartition ? Ils n'ont pas le même patrimoine, pas les mêmes projets et ils ne réagissent pas de la même façon face à une baisse. C'est un repère de masse mais cela ne peut pas être le seul critère.

  • La tolérance au risque. Ici, on part de vous : la perte maximale que vous pouvez supporter sans paniquer, multipliée par deux, donne un ordre de grandeur de votre part d'actifs risqués. C'est déjà bien mieux, parce que cela colle à votre profil réel et non à une moyenne. Sa limite : personne ne connaît sa vraie réaction avant d'avoir vécu une vraie baisse, et on surestime souvent son sang-froid quand tout monte.

  • L'horizon d'investissement. C'est la plus pertinente des trois parce qu'elle pose la seule question qui compte : quand aurez-vous besoin de cet argent ? Plus l'échéance est lointaine, plus un euro peut prendre de risque. C'est d'ailleurs ce que traduit la grille officielle de la gestion pilotée du PER, fixée par décret : le même épargnant, dans la même enveloppe, peut être exposé à 100 % aux actifs risqués à plus de dix ans de la sortie mais se voit imposer une part sécurisée majoritaire à moins de deux ans. Sa limite : elle suppose que votre épargne n'a qu'un seul horizon. Dans la vraie vie, plusieurs échéances cohabitent : des vacances dans deux ans, un apport immobilier dans sept ans, une retraite dans vingt ans, une transmission au-delà de votre propre existence. Un chiffre global unique ne peut pas les servir toutes.

💡 Résultat : même en passant de la recette générale à la règle personnalisée, on n'arrive toujours pas à trouver la répartition qui nous correspond vraiment.

Mais alors, comment fixer cette répartition de manière vraiment cohérente ?

C’est une des questions auxquelles on va répondre le dimanche 27 septembre à 17h, lors d’un atelier gratuit.

Au programme : 3+1 leviers à actionner aujourd’hui pour muscler durablement tes performances.

(l’allocation fait partie de ces leviers !)

Note de Nicolas : je co-animerai cet atelier avec Youssef… je vous attends nombreux !

Disclaimer : Les chiffres et répartitions cités dans cet article sont donnés à titre d'illustration et d'ordre de grandeur. Ils ne constituent ni un conseil en investissement, ni une allocation recommandée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

🎬 Retraites françaises : le déficit que personne ne voit

Je ne mesurais pas l'ampleur du problème des retraites avant de faire cette vidéo.

La totalité du débat public repose sur un déficit biaisé : 5 milliards en 2025. Sauf qu'à cause de conventions comptables, l'État français masque le vrai chiffre. Quand on consolide les comptes, le déficit des retraites passe de 5 à 87 milliards !

17 fois plus.
Plus de la moitié du déficit de la France vient des retraites. 

Pour redresser la France économiquement, nous devons régler ce problème. C'est impératif.

J'ai tout expliqué dans la vidéo ci-dessous :
https://www.youtube.com/watch?v=Utj4haFfyHs

(C'est la plus importante que j'ai faite à ce jour)

P.S. : 

Partagez cette vidéo autour de vous : à votre famille, vos amis, vos députés, votre réseaux... c'est un enjeu de société. Plus on repousse l'échéance, plus les dégâts seront irréversibles

🌎 La minute éducative : NFP et taux de chômage
Un article rédigé par Valentin Aufrand

Ce sont les deux statistiques sur l'emploi les plus importantes aux États-Unis. Le NFP, pour nonfarm payrolls, mesure le nombre net de créations d'emplois hors du secteur agricole, tandis que le taux de chômage correspond à la part des personnes recherchant activement un emploi dans la population active.

Ces deux statistiques sont publiées simultanément, généralement le premier vendredi de chaque mois, mais sont issues de deux enquêtes différentes. Le NFP provient d'une enquête menée auprès d'un échantillon d'entreprises, tandis que le taux de chômage est calculé à partir d'une enquête réalisée auprès d'un échantillon de ménages.

Le marché privilégie le NFP, la Fed le taux de chômage

Les deux indicateurs sont complémentaires et tout aussi importants. Étrangement, le NFP attire davantage l'attention des opérateurs de marché, alors que le taux de chômage importe davantage aux responsables de la Réserve fédérale. En effet, ce dernier constitue une variable clé de la politique monétaire, contrairement au NFP. Les membres du Comité fondent leurs anticipations de taux non seulement sur l'inflation PCE, mais également sur le taux de chômage comme nous pouvons le constater dans le tableau des projections du FOMC ci-dessous.

Les chiffres du NFP doivent par ailleurs être comparés dans le temps avec une plus grande vigilance, surtout ces dernières années avec les changements importants de politiques migratoires. Les créations d'emplois ont tendance à être beaucoup plus nombreuses lorsque l'immigration est importante et nettement moins nombreuses lorsqu'elle est très limitée. De nombreuses créations d'emplois ne signifient donc pas nécessairement que le taux de chômage diminue.

C'est pourquoi les spécialistes du marché du travail comparent le NFP à un « break-even », c'est-à-dire à un seuil dynamique tenant compte de l'évolution de la population active.

💡 Lorsque l'immigration était très importante, comme en 2022 et 2023, les experts estimaient ce seuil entre 150 000 et 200 000 créations d'emplois par mois. Tout chiffre inférieur était considéré comme « mauvais », entraînant une hausse du chômage. Depuis 2025 et le durcissement des contrôles aux frontières par l'administration Trump, ce « break-even » est estimé entre 0 et 50 000 créations d'emplois par mois.

Pourquoi un faible taux de chômage peut être trompeur

Le taux de chômage présente toutefois lui aussi certaines faiblesses. Tout d'abord, les données sont souvent révisées, y compris plusieurs trimestres après la publication initiale. Le taux de chômage publié en août 2026 peut donc être assez différent de celui qui ressortira des données révisées dans un an.

De plus, les personnes découragées qui cessent temporairement de rechercher un emploi sortent des statistiques du chômage, ce qui contribue à faire baisser le taux. Un faible taux de chômage ne signifie donc pas nécessairement que tout le monde parvient facilement à trouver un emploi.

C'est pour cela qu'il est primordial de suivre également d'autres indicateurs plus larges pour obtenir une image plus complète et plus précise du marché du travail.

Le taux d'emploi pour compléter le diagnostic

Le plus complémentaire à mes yeux est le taux d'emploi des 25-54 ans rapporté à la population (de cette tranche d'âge). Celle-ci étant normalement la plus susceptible d'occuper un emploi puisqu'elle exclut les plus jeunes et les travailleurs proches de la retraite, l'évolution de son taux d'emploi permet de nuancer le message envoyé par le taux de chômage.

💡 Une baisse du taux de chômage peut, à première vue, sembler positive. Mais si elle s'accompagne d'une baisse du taux d'emploi, la lecture est en réalité beaucoup moins favorable : cela signifie que la proportion de personnes ayant un emploi a diminué, tandis que certains chômeurs ont vraisemblablement cessé de chercher activement du travail et sont donc sortis de la population active.

Autrement dit, le taux de chômage baisse non pas parce que davantage de personnes ont trouvé un emploi, mais parce qu'une partie des chômeurs n'est plus comptabilisée comme telle, alors même que le nombre de personnes en emploi recule. Cela change nettement l'interprétation de la situation du marché du travail.

👉 Retrouvez Valentin Aufrand sur Twitter

📺 Point de marché

  • L'effet septembre fait son oeuvre

  • Métaux : pause en attendant la FED

  • Actions : zones d'achats à surveiller !

Vous pouvez regarder le replay en cliquant ci-dessous :

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